Publicité pour le vin : ce que permet la loi Évin, sur Internet et ailleurs

Les règles de la publicité pour le vin en France : supports autorisés, contenu permis, message sanitaire, réseaux sociaux, influenceurs, Google et Meta.

Par Martial ChaputPublié le 7 min de lecture

La publicité pour le vin est autorisée en France, y compris sur Internet et les réseaux sociaux, dans le cadre fixé par la loi Évin. Le message porte sur le vin lui-même : son degré, son origine, son appellation, son terroir, son mode d’élaboration, sa couleur, ses arômes et son goût. Chaque publicité comporte le message sanitaire « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». La télévision et le cinéma restent fermés à l’alcool, et le parrainage est interdit.

Où un domaine peut faire de la publicité

L’article L. 3323-2 du code de la santé publique dresse la liste fermée des supports autorisés :

Support Conditions
Presse écrite Hors publications destinées à la jeunesse
Radio Dans les tranches horaires fixées par décret
Affiches et enseignes Y compris affichettes et objets dans les lieux de vente spécialisés
Courriers, catalogues, brochures Envoyés par les producteurs, négociants et distributeurs
Véhicules de livraison Limité à la désignation des produits et au nom et à l’adresse du producteur
Foires et fêtes traditionnelles Consacrées aux boissons locales
Musées, confréries, cours d’œnologie, dégustations Dans les conditions fixées par décret
Objets liés à la consommation du vin Remis aux acheteurs lors de la vente directe ou d’une visite du domaine
Internet Hors sites destinés à la jeunesse et sites sportifs, sans publicité intrusive ni interstitielle

Depuis 2009, Internet figure dans cette liste, ce qui couvre votre site, vos réseaux sociaux, vos newsletters et la publicité en ligne.

Ce que la publicité peut dire

L’article L. 3323-4 limite le contenu aux informations sur le produit : degré, origine, dénomination, composition, nom et adresse du producteur, mode d’élaboration, modalités de vente et mode de consommation. La publicité peut aussi évoquer le terroir, les distinctions obtenues, l’appellation d’origine ou l’indication géographique, et des références objectives à la couleur et aux caractéristiques olfactives et gustatives du vin.

Le message sanitaire est obligatoire : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». La formule « à consommer avec modération » reste facultative, même si l’ARPP la recommande. Les circulaires commerciales destinées aux professionnels ou envoyées nominativement en sont dispensées, tout comme les tarifs, cartes et affichettes à l’intérieur des lieux de vente spécialisés.

Le terroir et l’œnotourisme bénéficient d’une ouverture depuis 2016. L’article L. 3323-3-1 précise que les contenus consacrés à une région de production, à un terroir, à une route des vins, à un savoir-faire, à l’histoire ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager ne sont pas considérés comme de la publicité, pour les vins sous signe d’origine ou de qualité. C’est ce qui permet de raconter les vendanges, le paysage et l’histoire du domaine.

Les règles de l’ARPP

L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité publie une recommandation Alcool. Ce n’est pas une loi, mais les professionnels et les régies s’y réfèrent. Ses principaux points :

  • aucun mineur visible ou audible, et des supports dont l’audience compte au moins 70 % d’adultes
  • les personnes montrées ont un rôle professionnel réel dans l’élaboration, la vente ou la présentation du vin, comme le vigneron, le maître de chai, le sommelier ou le chef
  • la publicité peut montrer le service et les accords mets-vins, sans représenter de consommateurs
  • aucun lien entre le vin et la réussite sociale, sportive ou amoureuse, ni avec la conduite
  • un contrôle de l’âge ou de la date de naissance à l’entrée des sites de marque

Pour un domaine, la règle du rôle professionnel est une chance : le vigneron dans ses vignes est exactement la personne que l’ARPP veut voir à l’image.

Réseaux sociaux et influenceurs

Une publication qui met en avant vos vins sur votre propre compte Instagram ou Facebook relève de la publicité aux yeux des tribunaux. Elle porte donc le message sanitaire et reste dans le contenu autorisé. En juin 2026, la cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation d’une grande marque d’apéritif pour des publications sur sa page Facebook officielle et porté l’amende à 70 000 €, selon Addictions France, partie au dossier, qui précise que la décision n’est pas définitive.

La loi du 9 juin 2023 sur les influenceurs applique aux influenceurs rémunérés les articles L. 3323-2 à L. 3323-4. Un influenceur qui parle de votre vin respecte donc la loi Évin, avec le message sanitaire. Son article 5-2 impose d’afficher clairement l’intention commerciale, par exemple avec la mention « publicité » ou « collaboration commerciale ». Et l’article 8 rend l’annonceur, l’influenceur et l’agent solidairement responsables des dommages causés aux tiers.

Les contenus de terroir, de patrimoine et de savoir-faire liés à un vin sous AOP ou IGP restent le terrain le plus sûr pour les réseaux sociaux. J’en parle plus largement dans les réseaux sociaux pour un domaine viticole.

Dégustations, salons et offres

L’article L. 3322-9 interdit d’offrir de l’alcool gratuitement à volonté dans un but commercial, ou de le vendre au forfait, sauf lors des fêtes et foires traditionnelles déclarées ou autorisées et des dégustations en vue de la vente. Une dégustation au caveau ou sur un salon reste donc parfaitement possible. La vente et l’offre aux mineurs sont interdites, et le vendeur peut exiger une preuve de majorité.

Les sanctions

Une publicité illicite est punie de 75 000 € d’amende, montant qui peut atteindre 50 % des dépenses consacrées à l’opération (article L. 3351-7). Le tribunal peut ordonner le retrait de la publicité aux frais du contrevenant. La DGCCRF contrôle ces règles, et les associations de lutte contre l’alcoolisme déclarées depuis cinq ans peuvent se porter partie civile. Addictions France est la plus active d’entre elles.

Plateforme par plateforme

Plateforme Publicité pour le vin en France Âge minimum À savoir
Google Ads Autorisée, sans certification Âge légal d’achat Le degré figure sur la page d’arrivée
Google Shopping Autorisée avec restrictions 18 ans Les annonces ne ciblent pas les mineurs
Meta (Facebook, Instagram) Autorisée 18 ans La loi Évin s’applique en plus des règles de Meta
TikTok Autorisée via un commercial TikTok 18 ans Contrôle de l’âge sur la page d’arrivée, degré et mention de modération dans l’annonce, aucun parrainage d’alcool en France
LinkedIn Restreinte, sur accord de l’équipe commerciale Âge légal Utile surtout pour le B2B

Sources : les politiques publicitaires de Google, Meta et TikTok, consultées en octobre 2026.

Vendre à l’étranger

Les règles changent avec le pays. Au Royaume-Uni, toute personne qui boit à l’image doit avoir et paraître plus de 25 ans, et le contenu est libre tant qu’il reste responsable. Aux États-Unis, le ciblage commence à 21 ans. Une campagne pensée pour la France se réécrit donc avant de partir à Londres ou en Californie. J’ai détaillé ces règles en anglais dans mon guide de la publicité pour le vin au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Des publicités qui vendent dans ce cadre

La loi Évin pousse vers ce qui fait vendre le vin de toute façon : le lieu, les personnes qui le font, le millésime et les plats qui l’accompagnent.

  1. Mettez le vigneron à l’image. Le travail dans les vignes et au chai raconte le vin et respecte la recommandation de l’ARPP
  2. Parlez du vin avec précision. Cépage, terroir, élevage, arômes et accords donnent plus envie qu’une ambiance générique
  3. Annoncez un événement daté. Une sortie de millésime, des portes ouvertes ou une dégustation donnent une raison d’agir
  4. Faites grandir votre fichier. Une invitation à une dégustation ou l’accès prioritaire à une cuvée attire des inscriptions sans brader les prix
  5. Soignez la page d’arrivée. Le degré, le message sanitaire, une vérification de l’âge et un seul bouton d’action

La vérification avant chaque publication

  1. Le support figure dans la liste de l’article L. 3323-2
  2. Le contenu porte sur le vin, son origine, son terroir et son goût
  3. Le message sanitaire est présent et lisible
  4. Aucune personne mineure n’apparaît, et les personnes montrées ont un rôle professionnel
  5. L’audience est majeure à au moins 70 %
  6. Les partenariats avec des influenceurs portent la mention « publicité » ou « collaboration commerciale »

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